Pendant près de vingt ans, j’ai mené une double vie parfaitement légale : cameraman pour TF1 d’un côté de la frontière, journaliste reporter d’images pour la RTS de l’autre. Même métier, même caméra sur l’épaule, et pourtant deux façons de concevoir ce qu’est une information. Je ne dirai pas laquelle est la meilleure. Je dirai seulement laquelle prend le temps de laisser finir une phrase.

Le rythme

Chaque télévision a son horloge, et l’horloge finit toujours par dicter la mise en scène. Passer de l’une à l’autre, c’est changer de métronome sans changer d’instrument : la caméra est la même, c’est la partition qui bouge.

L’équipe : seul ou à deux

JRI, c’est faire seul ce qui se faisait à deux : cadrer, écouter, poser les questions, parfois monter. Seul, on gagne en liberté ce qu’on perd en conversation. Personne pour vous dire que le plan est beau, personne pour vous dire qu’il est faux. Juste vous, le viseur et le réel, qui a enfin le temps de dire quelque chose.

Ce qu’on montre, ce qu’on laisse dire

Un même événement ne devient pas la même histoire selon la chaîne qui le raconte. Ce n’est pas une question de vérité, c’est une question de cadre : ce qu’on met dedans, ce qu’on laisse dehors, et combien de temps on laisse parler celui qui est filmé.

Le téléspectateur

On ne filme pas pour les mêmes gens. Derrière l’écran, il y a des gens qui n’attendent pas les mêmes choses ni au même rythme. Filmer pour deux publics, c’est apprendre que le réel n’a pas de version originale, seulement des versions adaptées.

Ce que les deux métiers m’ont appris

Deux télévisions, c’est la preuve qu’il n’y a pas une seule manière de cadrer le réel. C’est aussi, pour un romancier, une mine : la même scène racontée deux fois n’est jamais la même scène.

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