Avant-propos

Il arrive que le temps se retourne.

Sans bruit.

Comme une veste oubliée sur le dossier d’une chaise.

Alors les souvenirs changent de place. Les visages reviennent avant les rencontres. Les absences prennent l’apparence des retrouvailles. Et l’on découvre, parfois trop tard, que l’avenir savait déjà ce que le passé ignorait.

Si, au détour d’une page, vous éprouvez cette étrange impression de reconnaître ce que vous n’avez pourtant jamais lu…

Ne refermez pas ce livre.

Continuez.

Il est possible qu’il se souvienne de vous.

Épilogue

Tu ne reviendras pas

— Ça fait une demi-heure que je parle dans le micro et personne ne m’entend à Paris ! À quoi ça sert, hein ? À quoi ça sert que je m’époumone si tout le monde s’en fout royalement?

La voix de Jean-Marie fend l’air tiède, teinté des dernières lueurs du jour. Au-dessus de Lyon, le ciel d’un bleu profond s’attarde sur le crépuscule, baigné de cette lumière incertaine propre aux soirs de juin, lorsque le jour semble hésiter avant de céder la place à la nuit.

Le jour hésite à disparaître. Jean-Marie aussi.

Dressé sur la pointe des pieds, les bras tendus comme pour défier une présence invisible, Jean-Marie s’agite sous l’éclat impitoyable du projecteur. Tout son corps vibre de colère. Sa peau est écarlate. Sa tignasse rousse, brûlée par la lumière crue, flambe comme un incendie mal contenu. Son visage ruisselle de sueur ; la rage en déforme chaque trait jusqu’à brouiller la frontière entre le grotesque et le tragique.

Il tourne en rond sans s’en rendre compte, comme un mécanisme dont le mouvement survivrait depuis longtemps à la raison qui l’a mis en marche.

Perché au sommet de l’Opéra de Lyon, le restaurant Les Muses domine la ville. Depuis sa terrasse, le regard embrasse un paysage qui tarde à basculer dans l’obscurité. En contrebas, les bureaux de vote viennent de fermer et, peu à peu, Lyon s’allume de ses lueurs acides.

L’attente pèse. Comme si la ville tout entière retenait sa respiration. Dans quelques instants, les résultats tomberont et mettront un terme à cette étrange suspension du temps. Mais, pour l’heure, rien ne bouge encore.

Jean-Marie s’agite avec l’énergie de ceux qui ignorent que tout est déjà joué. Son oreillette ne fonctionne pas. Il parle dans le vide, attend un retour, le moindre signe que Paris l’entende enfin. Rien ne vient. Rien, sinon ce silence électrique, presque matériel, qui semble vibrer autour de lui.

Derrière la caméra, je reste immobile.

Je devrais signaler la panne, prévenir la régie, faire simplement ce pour quoi je suis là. Pourtant, mes doigts demeurent crispés sur le trépied. À travers le viseur, la scène paraît irréelle. Jean-Marie n’est plus seulement un journaliste en direct ; il ressemble à une silhouette prisonnière d’un instant qui refuse obstinément de s’écouler.

J’essaie de respirer profondément, mais l’air s’est épaissi. Une odeur de bitume chaud se mêle soudain à celle, métallique, du sang qui remonte sous ma langue.

Quelque chose vient de quitter son axe.

Dans quelques minutes, le journal de vingt heures commencera. Et nous ne serons pas prêts.

Jean-Marie continue de tourner en rond, frappant le sol à chaque rebond comme s’il voulait arracher une réponse au silence. Puis, entre deux éclats de voix, un autre son s’immisce. D’abord à peine perceptible : un crissement de pneus, lointain, incongru.

Je me fige.

Le bruit s’éteint. Puis revient. Plus distinct. Plus proche.

Comme un souvenir qui aurait attendu son heure pour refaire surface. Un fracas sourd lui succède. Le bruit mat d’une tôle qui se froisse sous la violence d’un choc.

— Et cette lumière… cette putain de lumière qui me crame les yeux, bordel ! Comme si c’était pas déjà assez compliqué !

Jean-Marie s’interrompt. Son regard se vide de toute colère. Une lucidité le traverse. Puis elle disparaît aussitôt.

— Je te le dis, et que Paris l’entende aussi : aucun résultat tant que c’est pas réparé ! Vous m’entendez ? Rien du tout !

Je voudrais lui crier d’arrêter. Aucun son ne franchit mes lèvres. Ce n’est pas la peur. C’est autre chose. Une certitude. Plus vieille que la peur.

Un savoir silencieux, planté quelque part dans mes entrailles, qui me souffle que quelque chose vient de basculer.

Je baisse les yeux vers ma montre. 11 juin 1995.

Je ferme les paupières.

Lorsque je les rouvre, les aiguilles n’ont pas bougé. 11 juin 1995.

Derrière nous, une voiture multiplie les appels de phares. Les images reviennent sans prévenir. Ces phares… je les connais. Ils nous fixent avec l’insistance d’un regard auquel il est désormais impossible d’échapper.

Puis le klaxon déchire l’air. Son hurlement me traverse de part en part avant de s’ancrer quelque part en moi, comme si mon corps en avait gardé la mémoire.

L’instant qui précède l’impact se dilate jusqu’à l’insupportable. Le temps ralentit.

Je voudrais détourner les yeux, fuir cette seconde suspendue où tout est encore possible. Je voudrais croire qu’il suffirait d’un geste, d’un mot ou d’un souffle pour empêcher ce qui va suivre. Mais il est déjà trop tard. Le choc éclate avec une violence sourde. Le coffre explose dans une gerbe de métal tordu, projetant son contenu sur l’asphalte : des câbles, la caméra… et des pommes.

Des dizaines de pommes roulent dans toutes les directions avec une lenteur irréelle, comme si le monde avait soudain oublié les lois qui le gouvernent. La glissière de sécurité plie sous la violence de l’impact, froissée comme une feuille d’aluminium. La voiture bascule. Un premier tonneau. Puis un deuxième. Puis un troisième. Le métal hurle. Le pare-brise éclate en une pluie de verre qui suspend un instant la lumière avant qu’elle ne disparaisse.

Jean-Marie tente encore de reprendre le contrôle. Mais il n’y a déjà plus rien à maîtriser.

L’Espace ricoche contre la glissière opposée, accomplit un dernier roulé, puis s’immobilise dans un mouvement presque paisible, comme si toute cette violence venait soudain de s’épuiser. Lentement, la voiture se couche sur son flanc gauche.

Le moteur tousse une dernière fois. Puis plus rien.

Le silence.

Un silence si profond qu’il semble avoir englouti jusqu’au bruit du monde.

11 novembre 2014.

Nous sommes morts ce jour-là. Cette date est gravée en moi. Et pourtant… Je ne suis pas mort. Pas vraiment. Le néant n’a pas voulu de moi. Il m’a rejeté. Et me voilà de nouveau ici, prisonnier d’un temps qui n’est plus le mien.

11 juin 1995.

Une journée que je ne devrais plus jamais revivre.

Suis-je encore là-bas, prisonnier de cette carcasse disloquée, quelque part entre le hurlement du klaxon et le silence qui suit l’impact ? L’odeur du caoutchouc brûlé et du métal froissé se mêle à celle, plus âcre encore, de la peur. Tout est si précis que je ne distingue plus le souvenir de la réalité. Je ne suis plus qu’un fantôme suspendu entre deux existences, ni tout à fait mort, ni véritablement vivant, condamné à errer dans un passé qui refuse obstinément de devenir le passé.

Je comprends enfin. L’accident ne m’a pas tué. Il m’a enfermé.

Jean-Marie, lui, ignore tout. Son arrogance continue de le maintenir à flot, comme si rien n’avait encore commencé.

— Putain d’oreillette de merde ! Ça crépite, ça grésille… Mais qu’est-ce que tu fous, toi, là-derrière ?! Comment veux-tu que je donne les résultats avec ce bruit qui me vrille les tympans ?! Et ce projecteur… Il me rend aveugle, tu comprends ?! Bouge-toi ! Trouve-moi mes lunettes de soleil, tu les vois ou pas ? Il arrache son oreillette et la jette au sol. Le bruit qu’elle produit en heurtant les dalles résonne étrangement. Un son mat. Étouffé. Presque familier. Comme si le passé venait de tomber à mes pieds.

Jean-Marie reste là, haletant. Son ventre se soulève au rythme d’une respiration saccadée.

Puis, soudain, un flash. Des phares. L’instant suspendu, juste avant qu’ils ne s’éteignent.

— Alors voilà, c’est ça, hein ?! On me fait passer pour un clown ! Un clown ! Mais je vous préviens : sans mes lunettes, sans une oreillette qui marche, vous n’aurez rien de moi. Pas un mot, pas un chiffre ! Vous croyez que je plaisante ?

Son index se dresse, accusateur, pointé vers la caméra comme une arme dérisoire. Puis il fait volte-face et laisse tomber le micro. Le son résonne. Se déforme. S’étire. Ce n’est plus un micro qui heurte le sol. C’est une vitre qui éclate.

Je demeure immobile.

La lumière continue de glisser sur le marbre noir de la terrasse. Jean-Marie continue de s’agiter, dérisoire, incapable de comprendre qu’il ne lutte plus contre une oreillette défectueuse, mais contre un destin déjà accompli. Et moi, derrière ma caméra, je regarde cette scène comme on regarde un souvenir dont on connaît chaque seconde, chaque geste, chaque mot.

Je comprends enfin. Mon enfer n’est pas d’être mort. Mon enfer est d’arriver toujours quelques minutes avant le choc. Toujours assez tôt pour tout revivre. Toujours trop tard pour changer quoi que ce soit. Et aujourd’hui encore… Tout recommence.

Cette fois, je m’en souviens.

PREMIÈRE PARTIE

Dans l’œil du cyclone, demeure

Le même lieu, la même journée, les mêmes minutes. Pourtant, rien de tout cela ne devrait encore exister. Jean-Marie est là. Moi aussi. Notre mort appartient déjà à mes souvenirs. Je garde l’œil rivé au viseur de la caméra comme on s’accroche à une certitude. Filmer. Ne pas réfléchir. C’est peut-être la seule manière de ne pas sombrer.

Tout m’est familier. Si mes souvenirs ne me trahissent pas, aujourd’hui est mon premier jour comme cameraman à Grand Angle, le bureau régional de TF1 à Lyon. Une journée qui aurait dû se dissoudre depuis longtemps parmi toutes les autres. Pourtant, quelque chose résiste.

Je m’efforce de me concentrer. Le direct. Rien d’autre. Pas maintenant.

Jean-Marie semble m’ignorer. Il s’acharne sur son oreillette avec cette obstination fébrile que je lui ai toujours connue, répétant le même geste jusqu’à l’absurde, comme s’il découvrait un objet pourtant familier. Cette agitation m’agace déjà. Je connais cet homme. Il lui suffit d’une oreillette qui grésille pour croire que le monde entier conspire contre lui. Je connais ses colères, ses débordements, sa façon de transformer le moindre contretemps en catastrophe nationale. Je sais aussi comment cette soirée est censée se dérouler. Pourtant, aujourd’hui, quelque chose ne coïncide plus.

Son regard se vide. À peine une seconde. Puis tout revient. Comme si rien ne s’était passé. N’importe qui passerait à côté. Pas moi.

Et, fidèle à lui-même, il lance son direct sans même prendre la peine de me prévenir, comme si une équipe n’avait jamais été qu’un accessoire.

— On peut dire que la droite est en passe de garder Lyon avec une probable élection de Raymond Barre qui, avec les Divers Droite et le soutien de l’UDF et du RPR, pourrait l’emporter et succéder ainsi au RPR Michel Noir. Michel Noir qui, je le rappelle, ayant plusieurs problèmes avec la justice, ne se portait pas candidat à sa propre succession face au socialiste Gérard Collomb…

Sa voix s’élève dans la douceur encore tiède du soir avec cette assurance fébrile qui lui est propre. À travers le viseur, je m’efforce de le suivre. Il se hisse sur la pointe des pieds, recule d’un demi-pas, avance aussitôt, balance son corps d’avant en arrière comme si le mouvement pouvait soutenir des mots qui lui échappent déjà.

Il sort du cadre. Je rectifie. Il en ressort. Je recommence.

Je sais que nous travaillerons ainsi pendant des années, lui dérivant sans cesse, moi tentant de le ramener dans l’image avant que les téléspectateurs ne remarquent le désordre. Une chorégraphie absurde dont aucun de nous ne cherchera jamais à modifier les pas.

La sueur commence à couler le long de ma tempe. Mon œil brûle à force de rester collé au viseur, mais je n’arrive pas à m’en détacher. Ce n’est plus seulement la difficulté du direct qui me retient ici. Un détail ne correspond plus.

Je connais cette scène dans ses moindres détails. Chaque geste semble attendre le suivant. Chaque seconde me donne l’étrange impression de reconnaître celle qui va venir.

Et pourtant… Aujourd’hui, chaque geste paraît légèrement décalé, presque imperceptiblement, comme si quelqu’un rejouait un souvenir sans en posséder tout à fait la mémoire.

— …face au socialiste Gérard Collomb, qui pourrait réaliser un score historique pour la gauche à Lyon si les électeurs de la droite modérée se désolidarisent de Raymond Barre…

Il hésite. À peine. Puis, pour la première fois, son regard croise le mien.

Je reste figé. Ses yeux ne disent ni la colère ni la panique. Ils semblent chercher autre chose. Une réponse. Ou une confirmation. Pendant une fraction de seconde, une idée insensée me traverse. Et s’il se souvenait, lui aussi ? Puis le direct reprend son cours. Comme si rien ne s’était produit. Je détourne les yeux du viseur, juste une seconde.

La terrasse des Muses s’étend devant moi, majestueuse et presque irréelle. L’Hôtel de Ville scintille sous les dernières lueurs du jour, figé dans une perfection trop immobile pour être tout à fait rassurante. On dirait un décor que personne n’aurait songé à démonter, condamné à accueillir encore et encore la même scène. Je sais qu’il va perdre son calme, qu’il va exploser. Pourtant, je reste là. Quelque chose refuse que je détourne les yeux.

Le déjà-vu s’impose avec la lenteur d’une nausée. Jean-Marie continue de parler, mais ses mots se brouillent peu à peu dans mon esprit. Sa voix se mêle à un autre bruit, plus lointain, presque enfoui sous elle : un grincement métallique, le froissement de la tôle, le fracas du verre.

L’accident. Je cligne des yeux. Pendant un instant, la terrasse disparaît. Ce n’est plus l’Opéra de Lyon. Ce n’est plus l’Hôtel de Ville. Je vois l’autoroute, la glissière de sécurité, les phares qui grossissent dans le rétroviseur. Puis tout revient. Jean-Marie. Les projecteurs. La ville. Chaque chose a repris sa place, comme si rien ne s’était produit. Et moi, je suis toujours là, derrière la caméra, à attendre la suite d’une scène dont je connais déjà chaque mouvement.

— …La droite perd trois mairies d’arrondissement, les huitième et neuvième revenant aux socialistes, tandis que le premier bascule chez les Verts. Les listes de Raymond Barre ont dû faire face, au premier tour, à plusieurs candidatures dissidentes, avant qu’une alliance ne se forme au second. À l’heure où je vous parle, Raymond Barre l’emporterait avec plus de quarante-cinq pour cent des voix…

Jean-Marie achève son intervention avec un rictus satisfait, la tête dépassant de plusieurs centimètres du cadre. Je pourrais encore tenter de le recentrer, mais il est trop tard. Il paraît convaincu d’avoir accompli un grand moment de télévision. L’univers a parfois une manière assez perverse de rappeler que certains efforts sont inutiles.

À quoi bon sauver un scorpion du feu s’il vous pique aussitôt ?

— Alors ? T’as vu comme j’ai assuré ?

Il arrache son oreillette avec un soupir théâtral.

— Ça n’a pas été facile. J’entendais rien et je voyais que dalle avec ces lunettes de soleil. Je sais pas quel idiot a eu l’idée de me les donner… Enfin, les directs, c’est mon dada. J’ai improvisé comme un pro.

Il me tend son micro et une boule de papier froissée.

— Tu jetteras ça à la poubelle, hein ? Pas le micro… le papier !

Je prends le tout sans répondre.

— Martine m’avait prévenu que c’était ton premier direct. Elle m’a demandé d’être indulgent. Et je l’ai vu, hein. T’étais nerveux. La caméra bougeait dans tous les sens. Heureusement que, de mon côté, j’ai gardé le contrôle. Comme d’habitude.

Son rire s’éteint dans un silence embarrassé. Puis il hausse les épaules.

— J’ai faim. Allez, salut, ciao, bye !

Il tourne les talons et traverse la terrasse d’une démarche rapide, désordonnée. L’oreillette pend encore dans son dos, ballottée au bout de son fil. Il ne se retourne pas. Pour lui, le direct est terminé. La scène n’existe déjà plus.

Je reste seul, les bras chargés de matériel, à regarder le vide qu’il laisse derrière lui. Puis je déplie la feuille. Une dépêche de l’AFP. Je la parcours lentement.

Mot pour mot, elle reproduit ce que Jean-Marie vient de réciter à l’antenne. Pas une improvisation. Pas une analyse. Je froisse le papier entre mes doigts.

Le vent s’est levé. La terrasse est maintenant déserte, et l’Hôtel de Ville, encore baigné d’une lumière dorée, paraît plus lointain, presque hostile. Je commence à démonter le matériel. Mes gestes reviennent avec la précision des habitudes anciennes : débrancher les câbles, replier le trépied, ranger les batteries. Mes mains travaillent seules tandis que ma pensée s’enfonce dans cette impression que je ne parviens plus à repousser. J’ai déjà vécu cela. La dépêche. Le rire. Le rictus. Chaque détail. Une image traverse soudain mon esprit : des phares, un crissement de pneus, une barrière qui cède. Elle se dissipe aussi brusquement qu’elle est apparue. Je rassemble le matériel et gagne le parking, encore poursuivi par le bruit de la glissière qui cède. Les lieux sont presque déserts. Je range la caméra et les trépieds dans la voiture, puis un éclat blanc attire mon regard : une feuille dépasse entre les deux sièges arrière.

Je suis certain qu’elle n’était pas là.

Je la prends avec précaution. Le papier est vierge, à l’exception d’une phrase, parfaitement centrée, tracée avec une netteté presque clinique :

Le reflet attend son visage

Je la relis. Les mots ne changent pas. Un frisson remonte lentement le long de mon dos. Je regarde autour de moi. Personne. Seulement les ombres démesurées des réverbères sur le bitume et le souffle du vent qui s’engouffre entre les voitures. Je replie la feuille et la glisse dans la poche intérieure de ma veste, sans savoir pourquoi, avec la certitude pourtant qu’il ne faut pas la perdre.

Je monte au volant et tourne la clé. Le moteur démarre aussitôt. Dans le rétroviseur, l’Opéra s’éloigne lentement tandis que la ville reprend son cours, indifférente à ce qui vient de se produire.

Mais la phrase demeure.

Le reflet attend son visage.

Je ne sais pas encore ce qu’elle signifie.

Je sais seulement qu’elle m’attendait.