On me pose toujours la même question, en général avec un petit sourire : « Alors, Jean-Marie Dufeu, c’est qui ? » La réponse honnête est : personne, et un peu tout le monde. JOURNALISTE(s) n’est pas un règlement de comptes — ce serait trop facile, et les avocats coûtent cher. C’est un roman. Mais un roman écrit par quelqu’un qui a passé vingt-six ans dans les couloirs d’une rédaction régionale, et qui a fini par trouver certaines réunions plus romanesques que les fictions qu’on y fabriquait.
La Belle Actu n’existe pas (malheureusement, elle existe partout)
La Belle Actu est une rédaction lyonnaise imaginaire : une petite fourmilière de l’info locale où tous les coups sont permis. Ce qui est vrai, c’est l’écosystème : les plans de départ qui font rêver, les fauteuils qu’on convoite avant qu’ils soient libérés, les réunions qui virent à l’exécution publique. Toute rédaction a sa géographie secrète : le bureau qu’on convoite, la machine à café où se décident les carrières, la conférence où l’on parle de l’actualité pour mieux éviter de parler de soi. Il suffit de la regarder assez longtemps pour qu’elle devienne un roman.
Jean-Marie, Gaëlle et les autres
Jean-Marie Dufeu, vieux routier du JT qui veut décrocher son parachute doré avant l’heure ; Gaëlle Néchard, arriviste sans scrupule qui guette son fauteuil. Ce sont des types, pas des portraits : des silhouettes que tout journaliste croit reconnaître, en général chez un collègue. Ils sont nés de vingt-six ans d’observation, découpés, mélangés, remontés, comme un sujet du 13 heures. Si vous croyez vous y reconnaître, c’est sûrement votre collègue.
Les sujets : de l’A7 à la fête de la châtaigne
Les bouchons sur l’A7 et la fête de la châtaigne à Antraigues-sur-Volane ne sont pas là par hasard : ce sont les marronniers d’une rédaction régionale, les sujets qui reviennent chaque année avec la même régularité que la saison. Un marronnier, c’est un sujet qu’on tourne chaque année en faisant semblant de le découvrir. Dans le roman, ils servent de décor aux vraies batailles : pendant qu’on filme la châtaigne, on se dispute le fauteuil.
Pourquoi la satire
Parce que le documentaire aurait été plus cruel. La fiction permet de rire de ce qui, vu de près, n’est pas toujours drôle. Le témoignage aurait demandé des noms ; la satire demande seulement de la lucidité et un peu de mauvais esprit. J’avais les deux.